Une économie bas carbone est possible !

Après avoir inventé l’économie carbonée qui altère le climat de la planète, l’homme saura-t-il la «  désinventer » ? Et arrivera-t-il à stabiliser la hausse des températures à 2° C ? C’est l’enjeu majeur de la COP 21, la conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Paris fin 2015.

Si l’on veut maîtriser le dérèglement climatique, il est important de remonter à ses multiples origines. Ce phénomène résulte d’un mode de développement fondé sur les énergies fossiles, qui provoquent des rejets massifs de gaz à effet de serre : ceci, nous le savons tous. Mais au-delà, il découle d’une logique économique linéaire, du type extraire-fabriquer-jeter, qui prélève toujours plus de ressources dans la nature. La non-valorisation des déchets, la non-réutilisation des produits usagés, le non-recyclage accroissent fortement les besoins en énergie. Et de cela, nous sommes beaucoup moins conscients ! En conséquence, la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre ne saurait se cantonner aux producteurs d’électricité et aux énergéticiens. Au contraire, elle concerne tous les secteurs d’activité. Elle exige la mise en œuvre d’un autre modèle d’utilisation des ressources naturelles, plus sobre et plus efficient, alimenté par des énergies propres et reposant sur les principes de l’économie circulaire, cette économie qui transforme les déchets en ressources. Produire de nouvelles matières premières en recyclant les déchets émet bien moins de CO2 qu’extraire des matières premières vierges de l’environnement. Dans le domaine des plastiques, employer du PET recyclé  abaisse de 70% les émissions de gaz carbonique par rapport au PET initial ! On l’ignore trop souvent, l’économie circulaire est un des principaux leviers pour diminuer les rejets de CO2.

Quand on pense aux gaz à effet de serre, on pense d’abord au gaz carbonique. Nous ne devons pas pour autant oublier les polluants atmosphériques à courte durée de vie, et notamment le méthane. Calculée sur un siècle, sa contribution aux émissions de gaz à effet de serre pèse 14 %, mais rapportée à 20 ans, elle atteint 40 % ! Autrement dit, si nous voulons obtenir des résultats rapides dans la réduction des rejets de gaz à effet de serre - et nous savons que le temps presse - nous devons également combattre cet autre polluant atmosphérique. Diminuer ses émissions aurait un impact important à court terme et doit être envisagé avec autant de moyens et d’ambition que la délicate question du CO2.

Alors que la dernière décennie a connu un nombre record d’évènements climatiques extrêmes, les états s’entendront-ils pour renoncer aux immenses gisements d’hydrocarbures facilement accessibles et bon marché disséminés sur terre, sous prétexte que ces énergies sont carbonées ?  On est d’autant plus en droit d’en douter que la chute du cours du pétrole n’incite pas à l’économiser et que le charbon est revenu en force dans le mix énergétique de nombreux pays. Les réserves de pétrole s’élèvent à plusieurs décennies de consommation, celle de charbon à plusieurs siècles : il est peu probable que l’on s’en prive. A défaut d’abandonner ces énergies « polluantes », les techniques qui les rendent artificiellement propres sont incontournables. Doter toutes les centrales électriques de systèmes de captage et de stockage du CO2 réduirait de moitié les émissions mondiales. En contrepartie, cela relèverait de 40 % le prix de l’électricité. Ce surcoût peut paraître rédhibitoire, mais il n’est pas supérieur à celui des énergies renouvelables intermittentes, ce dont nous sommes également peu conscients.

Le monde est pris en tenaille entre la nécessité de satisfaire ses besoins croissants en énergie et celle de préserver le climat. Quelles que soient les incertitudes sur l’accord qui clôturera la COP 21, nous pouvons agir. Oui, il existe des solutions aux rejets de gaz à effet de serre. Leader de la valorisation énergétique et matière des déchets, pionnier du captage du méthane issu des déchets organiques et de sa transformation en chaleur, en biocarburant ou en électricité, précurseur des économies d’énergie et de l’efficacité énergétique, spécialiste de la biomasse forestière et de la récupération des énergies fatales, notre Groupe dispose d’un vaste portefeuille de technologies pour combattre les émissions de CO2.

Mais aucune de ces solutions ne suffit isolément ; aucune entreprise, aucune collectivité, aucune nation ne peut à elle seule les déployer à une échelle suffisante. Si nous voulons décarboner l’économie et plafonner les quantités de carbone accumulées dans l’atmosphère, nous devons redoubler nos efforts de coopération et d’innovation. De coopération, pour généraliser ces solutions qui, par exemple, font des énergies perdues par les uns les énergies de base des autres, ou qui  organisent un recyclage permanent des ressources, réduisant du même coup les besoins énergétiques. D’innovation, car l’économie à bas carbone sera une économie de l’innovation ou ne sera pas.

Toutefois, pour que les solutions « anti-CO2 » se diffusent largement, il est indispensable de fixer un prix du carbone robuste et prévisible, à un niveau suffisant, d’au moins 30 ou 40 € la tonne de CO2. Il s’agit là ni plus ni moins que d’intégrer le coût des externalités liées au gaz carbonique - comme cela se pratique déjà pour les eaux usées et les déchets - en appliquant le double principe qui pollue paie et qui dépollue est aidé. Aujourd’hui, en l’absence de prix du carbone faisant payer l’usage de l’atmosphère comme « décharge de gaz à effet de serre », chacun est libre d’y envoyer des volumes illimités de CO2. Or on ne peut pas faire de politique environnementale forte avec des mécanismes de régulation faibles ! Sans incitation financière ni réglementation ambitieuse, il est illusoire d’espérer gagner la bataille du climat. Mesdames et Messieurs les diplomates qui préparez la COP 21, faîtes-nous un bon accord, et nous vous vous ferons une bonne économie à bas carbone.