Un dattier du désert pour lutter contre la désertification

Balanites aegyptiaca adulte

Balanites aegyptiaca adulte

Le Sahel africain est actuellement l’une des régions les plus vulnérables au monde. Si la diversité éco-géographique et sociale de ses territoires est grande, la région entière est pourtant affectée par une vulnérabilité écologique et sociale croissante, soulignant l’urgence d’une action concertée. Ce phénomène de désertification, amplifié par le réchauffement de la planète et les activités humaines, n’est pas irréversible pour autant.
 

S’ADAPTER AU CHANGEMENT CLIMATIQUE : LE PROJET DE « GRANDE MURAILLE VERTE »

De ce point de vue, l’adoption de l’initiative de Grande Muraille Verte pour le Sahara et le Sahel (GMV) en 2007 représente une avancée majeure. Techniquement, la grande muraille est conçue comme une bande d’espèces végétales à valeur économique et adaptative face à la sécheresse, d’une largeur moyenne de 15 km. Le projet implique les 11 pays frontaliers de la zone saharo-sahélienne, du Sénégal à Djibouti, couvrant une distance de 7675 km.
La partie sénégalaise du projet s’étend sur 535 km et couvre une superficie d’environ 80 000 hectares. Le tracé de la GMV englobe 30 communautés rurales, correspondant à une zone dominée par l’activité pastorale. La reforestation liée à la GMV au Sénégal est actuellement en plein essor, avec 5 000 hectares plantés chaque année depuis 2008.


LE DATTIER DU DÉSERT : UN ARBRE MODÈLE POUR LA RESTAURATION ÉCOLOGIQUE DES ZONES SÈCHES

Au sein des espèces de ligneux privilégiées dans cette reforestation, le Balanites aegyptiaca, ou dattier du désert, occupe une place de choix : en effet, il est extrêmement résistant à la sécheresse et possède également un ensemble de stratégies de régénération naturelle (par les graines, les drageons1 et par recépage2). Par contraste avec beaucoup d’autres espèces qui ne peuvent supporter une pression induite par l’élevage, B. aegyptiaca s’épanouit en raison du passage constant des animaux de la région sylvo pastorale du Ferlo au Sénégal, puisque ce dernier facilite, à travers la circulation des fruits et des graines par les systèmes digestifs animaux, la germination des graines.

Cueillette des fruits du Balanites aegyptiaca

De plus, et outre son intérêt écologique, les études menées depuis 2011 par les chercheurs de l’Observatoire Hommes-Milieux international Téssékéré (CNRS-UCAD) ont permis de démontrer que le dattier du désert était l’arbre le plus utilisé par les populations du Ferlo et dans divers domaines : la nourriture, le bois d’énergie, le fourrage pour le bétail et les usages médicaux. La consommation des fruits sauvages du Balanites aegyptiaca est un moyen de diversifier les apports alimentaires durant les périodes de soudure3, et plus particulièrement en saison sèche. B. aegyptiaca produit un fruit jaune ressemblant à la datte ; un arbre mature et en bonne santé produit jusqu’à 10 000 fruits annuellement, dont la pulpe contient 64 à 72 % de carbohydrates, approximativement 10 % de protéines, des saponines, de la vitamine C et d’autres minéraux. La graine est riche en huile (jusqu’à 46,7 % sur poids sec) et en graisses insaturées, avec une composition en acide gras proche de celle de l’huile de soja, ce qui explique que cette huile soit largement utilisée par les populations locales.

L’ensemble de ses caractéristiques : sa distribution géographique extensive en Afrique, son adaptabilité aux environnements arides et son utilité pour de multiples usages font de B. aegyptiaca une espèce d’arbre modèle pour les restaurations des écosystèmes des zones sèches.

 
drageon : pousse issue de la racine d’un végétal qui peut devenir autonome et être replantée comme nouvel individu.
2 recépage : action de couper un arbre près de terre afin d’obtenir de nouvelles pousses.
3 période de soudure : période où les récoltes précédentes sont épuisées et les nouvelles pas encore fauchées.