Pour un prix international du carbone

Le 14 décembre 2015, les observateurs se tiendront sans doute prêts avec leurs calculatrices à additionner les contributions des différentes parties prenantes et évaluer l'ambition globale de la conférence. Mais son succès peut-il être évalué à partir de tels chiffres ? Le public se lasse des grandes déclarations pompeuses sans réel impact. Il sera important d'examiner quels aspects de l'accord viennent crédibiliser les engagements pris.

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, l'accord de Paris a besoin de mettre en place un système indépendant de mesure et de vérification qui, en déployant les incitations économiques appropriées, s’applique à toutes les parties prenantes. À cet égard, l'introduction d'un prix international du carbone reste la variable d’action clé. Comme elle fonctionne actuellement, l'économie mondiale n’accorde pas de valeur à la protection du climat : le montant de l'aide publique prévue pour l'énergie fossile a plus d'impact que la somme totale des dispositifs embryonnaires de tarification du carbone. L'introduction d'un prix international du carbone changerait la situation : actuellement la source des problèmes, l'économie serait alors en mesure de générer des solutions.

Avec la paralysie du processus de négociation des Nations Unies, la question du prix international du carbone a été mise de côté. Elle doit maintenant redevenir centrale. Un dispositif de bonus-malus carbone donnerait une réelle substance à la promesse faite à Copenhague du transfert annuel de 100 milliards de dollars. Ceci est une condition sine qua non pour que la majorité des pays en développement se joignent à l'accord sur le climat, et donc pour sortir de l'impasse des négociations. L'introduction d'un bonus-malus serait aussi un véritable test d'engagement pour les pays producteurs de pétrole et pour les pays tels que la Chine et la Corée, qui doivent maintenant être comptés parmi les contributeurs.

Un système de bonus-malus encouragerait les gouvernements à adhérer à un accord universel. En outre, la conférence de Paris devrait également donner un nouvel élan aux marchés du carbone, qui déterminent le prix du CO₂ pour les entreprises et les ménages. La propagation non coordonnée des marchés du carbone dans le monde ne peut pas fournir le signal nécessaire. Une approche différente doit être adoptée, en neutralisant cette atomisation et son inefficacité résultante. La création d'un marché transcontinental du carbone serait d'abord basée sur une coalition tripartite entre la Chine, les États-Unis et l’Europe, reflétant la nouvelle géographie des émissions mondiales. La taille d'un tel marché rendrait ce dernier plus attrayant pour d’autres parties. Le principal obstacle à son lancement est politique: en prenant la route transcontinentale du marché du carbone, les trois membres de la coalition devraient mettre en commun leurs engagements de réduction des émissions, avec l’objectif de réduire sensiblement les coûts.

Le 14 décembre 2015, les observateurs auront seulement des indications très limitées quant à savoir si la conférence de Paris a atteint les percées nécessaires. L'efficacité d'un accord sur le climat est jugée au fil du temps. Sur le plan juridique tout d'abord, l'accord de Paris n’entrera en vigueur qu'en 2020. Et le précédent du Protocole de Kyoto est un rappel que certains signataires au départ risquent de ne pas franchir la ligne d'arrivée. Le temps nécessaire à sa mise en œuvre vient ensuite : il faudra une bonne dizaine d'années à partir de l’entrée en vigueur de la convention pour évaluer si les trajectoires d'émissions ont changé comme prévu. Par conséquent, vivement le 14 décembre 2030 !