La performance climatique doit être plus ambitieuse

Le CDP, ex-Carbon Disclosure Project , mesure l’impact des principales entreprises mondiales cotées en bourse sur le changement climatique, la gestion de la ressource en eau et la déforestation. Depuis 2000, cette ONG britannique, soutenue par plus de 800 investisseurs signataires qui lui confient un mandat moral, mène une campagne annuelle de recueil des informations sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) de ces multinationales. 

La plus importante base de données corporate environnementales au monde est alimentée par un questionnaire envoyé aux entreprises . En 2016, 2 480 sociétés — 55 % de la capitalisation boursière mondiale — dans 85 pays ont retourné le questionnaire changement climatique, 610 celui sur l’eau et 220 celui sur la forêt. À la clé, une note leur est attribuée. 

Un bilan 2016 encore timide

Sur les 1 839 sociétés identifiées par le CDP dans le monde comme ayant un impact fort sur le changement climatique, 1 089 ont répondu au questionnaire et  feront  l’objet d’un suivi de leurs engagements pendant cinq ans . De même, le CDP analysera l’évolution des 750 sociétés  ne répondant pas encore au questionnaire. Il ressort que si 85 % se sont fixé des objectifs d’atténuation de leurs émissions de GES, seules 14 % les portent au-delà de 2030. Or, ce scénario « business as usual » ne couvre que 25 % de l’effort à accomplir pour être en ligne avec l’objectif de +2°C d’ici à 2050. Nous devons donc les persuader d’allonger leurs objectifs temporels, et cela d’une manière plus radicale.
Sur le périmètre France et Benelux, là encore, un gros effort reste à faire car 56 % des 150 répondants affichent des objectifs à l’horizon 2020 et seulement 19 % à 2050. En France, la loi de 2015 sur la transition énergétique  et la croissance verte peut être une alliée. Notamment grâce à son article 173, exceptionnel et pour l’instant unique au monde. En substance, il demande à chaque investisseur français de produire, à compter de 2016, un rapport annuel déclaratif sur l’empreinte carbone de son portefeuille ainsi que sa stratégie de prise en compte des risques climatiques. Bref, une forte incitation à la décarbonation des actifs ! Aujourd’hui, l’Italie, la Suisse ou les Pays-Bas l’étudient de près…

Une “force de frappe” internationale

Avec trois autres acteurs — le WWF , l’UN Global Compact  et le World Resources Institute  —, le CDP a développé, en prévision de la COP21 , la méthodologie Science Based Targets . Celle-ci incite les entreprises à aligner leurs objectifs chiffrés sur la trajectoire d’un réchauffement global sous les 2°C à l’horizon 2050. Aujourd’hui, elles sont 205 dans le monde, dont Veolia , à intégrer le pipeline de Science Based Targets et une trentaine ont déjà vu leurs objectifs validés. À l’occasion de la COP21, nous avons également cofondé l’une des plus importantes coalitions d’entreprises et d’investisseurs convertis à la lutte contre le changement climatique : We Mean Business . Et lancé dans la foulée de l’événement la campagne Take Action, invitant les sociétés à s’engager à la carte sur une ou plusieurs des neuf initiatives que nous préconisons — huit en faveur du climat, une pour l’eau. Notre démonstration à Paris a non seulement permis de pérenniser We Mean Business mais aussi d’être invité à la COP22 de Marrakech  pour une contribution sur l’eau. Car notre rapport 2016 sur ce thème  est sans appel : les risques financiers ont été multipliés par 5 depuis 2015. C’est la prochaine « bombe à retardement » que nous devrons traiter dans les plus brefs délais !

Abu Dhabi