A nouvelles raretés, nouvelle économie

Rareté des matières premières, rareté de l'eau, rareté de l'énergie, les défis à relever pour notre planète sont immenses. L'homme moderne vit à crédit écologique, mais il existe un remède à ce mal : l'économie circulaire. En bouclant les cycles de la matière, de l'eau ou de l'énergie, cette « autre » économie permet à l'économie de croître, tout en faisant décroître les prélèvements dans la nature. Avec elle, les déchets des uns deviennent systématiquement les ressources des autres : elle est une économie de la récupération et de la réutilisation, mais aussi et surtout une économie de la recréation.

Portée par la croissance démographique et l'élévation du niveau de vie, la demande en matières premières explose, avec pour corollaire le triplement de leur prix depuis 2000. 

Or, nous le savons tous, la mobilisation sans fin de la nature n'est plus possible, et déjà, plusieurs pénuries s'annoncent. Comment donc passer le goulot d'étranglement entre des ressources qui se raréfient et des besoins qui augmentent ? En redonnant une valeur à ce qui n'en avait plus. Tout l'enjeu de l'économie circulaire est là. A sa base, se trouve une idée simple, mais complexe à mettre en œuvre : s'affranchir de la logique linéaire « Extraire – Fabriquer – Jeter », en organisant un recyclage permanent des mêmes ressources, dans un cycle sans fin, ou presque. Ainsi, la chaleur fatale des Data Centers devient chauffage urbain, les eaux usées deviennent bioplastiques, les déchets organiques deviennent engrais, les biogaz deviennent électricité, les huiles alimentaires usagées deviennent biocarburants…

Le potentiel de l'économie circulaire est énorme. Grâce à elle, le monde pourrait économiser chaque année 1 000 Md$ de ressources naturelles, selon la Fondation Ellen McArthur. De fait, les déchets des pays développés constituent la plus grande mine de matières premières du XXIe siècle.

Quand sonne l'heure de la rareté, l'économie circulaire permet aux acteurs économiques de sécuriser leurs approvisionnements, mais aussi de réduire leurs dépenses et créer des recettes additionnelles. Elle ne relève pas exclusivement de préoccupations environnementales ; elle est, pour les territoires, facteur de développement, et, pour les entreprises, source de compétitivité et de richesses. Dans certains cas, l'enjeu va bien au-delà, puisqu'elle renforce l'indépendance des pays pauvres en ressources naturelles.

verre récyclé

Cette autre économie est déjà une réalité pour les métaux ferreux, le papier ou le verre, dont les taux de recyclage dépassent 90 % dans de nombreuses villes. Mais tant reste à faire. Sur 4 milliards de tonnes de déchets produits chaque année dans le monde, seul 1 milliard est valorisé ; à l'échelle de la planète, à peine 2 % des eaux usées sont réutilisées... L'économie circulaire s'étend, mais trop peu, trop lentement. 

Il y a plusieurs raisons à cela. D'abord, le tri manuel des déchets : il demeure coûteux dans les pays développés. Ensuite, le prix de la matière transformée, souvent trop cher par rapport à la matière première brute ; d'où la nécessité d'aides financières initiales. Enfin, la réticence des industriels à utiliser des matières recyclées, qu'ils considèrent comme du second choix. Afin de surmonter leur réserve, il faut leur procurer les mêmes garanties de qualité, de pérennité et de régularité des flux que pour les matières vierges.

Pour que l'économie circulaire se généralise, nous devons accroître nos efforts d'innovation et de coopération. D'innovation, car c'est elle qui permettra de réinjecter davantage de matières usagées dans les chaînes de production. Ainsi, après des années de recherches, nous avons ouvert en Angleterre une usine capable de récupérer, dans la poussière des voiries, les particules de métaux précieux tels que le platine, le palladium ou le rhodium, qui sont rejetées par les pots d'échappement des voitures. De coopération, car transformer les déchets ne suffit pas ; il faut aussi assurer la connexion avec des clients prêts à les acheter en tant que matières premières secondaires.

Nous sommes à l'aube d'une révolution industrielle : celle de l'économie circulaire. Antidote à la surexploitation de l'environnement et aux prévisions catastrophistes, cette économie plus sobre et plus efficace prolonge le cycle de vie des matières premières, de l'eau, de l'énergie. La leçon qu'elle nous donne n'est pas théorique, elle repose sur les faits, elle s'inspire de la nature dans laquelle tout est ressource. En transformant les déchets en ressources, l'économie circulaire imite le fonctionnement des écosystèmes, et, comme eux, cherche à faire disparaître le concept même de déchet. Il y a sept siècles, Léonard de Vinci conseillait déjà : « Va prendre tes leçons dans la nature, c'est là qu'est notre futur ».