COP21 : un appel à revoir les mécanismes de tarification du carbone


Rencontre avec le Dr Richard L. Sandor, surnommé « le père du marché du carbone » par TIME Magazine, pour discuter du rôle de la finance dans la lutte contre le changement climatique.
 

La puissance des marchés financiers.

Ces 25 dernières années, les marchés des émissions ont facilité la réduction de la pollution. Citons par exemple l’Acid Rain Cap and Trade Program (programme de plafonnement et d’échange relatif aux pluies acides) aux États-Unis et le système d’échange de crédits carbone en Europe. Aux États-Unis, certains États (tels que la Californie) et certaines régions (au nord-est, la Regional Greenhouse Gas Initiative, RGGI) se servent efficacement des marchés comme d’un outil complet de politique environnementale. Il est clair que ceux-ci ont une incidence sur le changement climatique. Dans les années 1990, le défi initial était d’établir le prix d’un polluant mondial, le carbone. Jusque-là, cela n’avait été fait qu’au niveau régional, avec les pluies acides, mais l’idée d’utiliser l’innovation financière au niveau mondial était à la fois intimidante et stimulante. La création d’une bourse des émissions nous a permis de donner un prix à l’air, avec des résultats positifs. Le Chicago Climate Exchange (CCX, bourse du climat de Chicago), qui a nécessité quatre années de mise au point, a été lancé en 2003. Les émissions couvertes par le CCX ont dépassé celles de l’Allemagne dans le cadre du SCEQE (système communautaire d’échange de quotas d’émissions). Elles incluaient 50 États et grands secteurs économiques des États-Unis, dont 20 % des centrales électriques émettant le plus de dioxyde de carbone (CO2) aux États-Unis et 11 % des plus grandes entreprises du classement Fortune 100. En attribuant un prix au carbone, le CCX a modifié les comportements au sein des conseils d’administration, mais également dans les fermes, les forêts et les villages d’une douzaine de pays sur quatre continents.
 

Accélérer la réduction des émissions de carbone

en inventant des permis de polluer échangeables qui favorisent le profit et la meilleure gestion des risques, afin d’encourager les bonnes performances.
Dans un système de « cap and trade », les émissions sont plafonnées et des permis (ou des crédits) sont délivrés, ce qui équivaut à un programme de réduction des émissions. Le système d’échange de ces permis fixe le prix de la pollution et laisse une certaine liberté sur la manière de réduire la pollution et l’endroit où elle est réduite. Le nombre de permis est limité dès le départ et ne fait que diminuer au fil du temps.
Grâce au système d’échange de crédits, les entreprises ou les secteurs d’activité qui réduisent leur pollution au-delà des niveaux établis obtiennent un crédit, qu’ils peuvent vendre ou mettre en réserve pour plus tard. Cela apporte de la souplesse et incite les acteurs à réduire leurs émissions, en redistribuant l’argent des grands émetteurs (qui achèteront des crédits) aux petits (qui produiront et vendront des crédits). En effet, en rendant la réduction des émissions de carbone compétitive sur le plan commercial et source de rentabilité financière, on favorise la mise en place d’une économie bas-carbone et l’amélioration de l’efficacité énergétique. Les entreprises doivent alors réaliser des audits externes de leurs émissions et mesurer leur production. Le signal prix sert de catalyseur à l’innovation et fait évoluer positivement la manière dont les entreprises font des affaires, voyagent, produisent, livrent et vendent leur production, réduisant là encore leurs émissions de carbone.
 

Une approche multilatérale.

Le financement d’une économie mondiale bas carbone ne sera jamais uniforme. Les mécanismes varient d’un pays à l’autre. Certains, comme l’Union européenne, choisissent des réductions absolues du carbone, tandis que d’autres, tels que la Chine et l’Inde, optent pour une approche fondée, respectivement, sur l’intensité carbone et sur l’efficacité énergétique. La Chine exploite plusieurs systèmes d’échange des émissions de carbone et l’Inde met en œuvre des marchés de l’efficacité énergétique. Aux États-Unis, même si l’abandon de la proposition d’une politique nationale a fortement ralenti le développement de l’échange des émissions, des systèmes régionaux (en Californie et dans le RGGI) sont en pleine expansion. Le défi consiste à relier ces groupes de marchés entre eux afin de favoriser une économie mondiale véritablement bas carbone.
 

Restons positifs. Soyons créatifs.

Les gouvernements, les institutions et les entreprises doivent se réunir et partager ce qu’ils ont appris. Nous devons sensibiliser les banquiers d’investissement, les autorités de régulation, les gouvernements, les juristes et les ingénieurs. Si nous ne le faisons pas, nous échouerons. La COP 21 peut nous aider à entamer ce dialogue. En tant qu’économiste, j’aimerais que les responsables présents établissent de nouveaux objectifs et révisent le prix du carbone. Dans ce cas, des réductions s'ensuivront, ce qui est le but ultime.